Morio201001141462_w350-1-Intervention de Robert Morio lors de la séance plénière du Conseil régional du 20 février 2015

 

Monsieur le Président,

 

Dans ce rapport concernant la politique de la ville comme pour le dossier précédent, et ce n’est pas pour rien s’ils occupent les deux premières places de l’ordre du jour, nous avons affaire à des coups, à des opérations de communications si vous préférez.

 

En effet, sur le volet territorial du contrat de plan 2015-2020, nous ne savons rien du contenu,

–         ni sur le montant global,

–         ni sur le périmètre des champs d’intervention,

–         ni sur les engagements respectifs de l’Etat et des collectivités.

 

Dans ce rapport, vous désignez simplement des collectivités « qui pourraient » être éligibles, c’est au conditionnel, et vous affirmez votre soutien à la politique de la ville.

 

Ce programme n’est donc qu’une motion de soutien. Alors que le dossier est loin, très loin d’être bouclé, vous sortez ce rapport, comme par magie, un mois seulement avant les élections départementales. Personne n’est dupe, Monsieur le président, de vos démarches électoralistes.

 

Vous nous demandez donc de vous autoriser à signer les contrats de ville 2015-2020 sans en connaître les modalités. Il n’en est pas question. Nous ne vous ferons aucun chèque en blanc sans mauvais jeu de mots.

 

Depuis 2004, vous déplorez le désengagement de l’Etat sur les politiques dont il a la charge.

Depuis 15 ans, vous regrettez chaque année les baisses de dotations de l’Etat envers les collectivités. Or, depuis 2004, vous n’avez de cesse d’intervenir toujours plus sur des domaines dont l’Etat a la charge et la compétence.

 

Vous le savez la politique de la ville est l’expression consacrée depuis 40 ans, pour définir de façon pudique, un clientélisme d’Etat visant à acheter la paix sociale dans certains quartiers, faute de pouvoir assurer un avenir à l’ensemble des Français. Il est vrai que dans la quatrième circonscription du Doubs comme ailleurs, c’est souvent ce vote communautariste qui vous sauve pour le moment, il est vrai aussi avec l’aide des ténors de l’UMP.

 

Pourtant, quarante ans après ces débuts, après des dizaines de milliards d’euros dépensés, l’échec est patent que ce soit en terme de chômage et de pauvreté comme le confirme l’article du Monde du 5 février dernier. Le premier Ministre a qualifié cette politique et son résultat, d’apartheid. Mais, vous persistez dans l’erreur, ici comme à Paris. A votre politique de la ville, nous vous opposons une politique de la ruralité afin de couvrir l’ensemble du territoire de France.

 

A l’heure où l’on demande des sacrifices inouïs aux Français, après que la majorité gouvernementale ait voté fin avril 2014 un plan d’austérité de 50 milliards d’euros prévoyant le blocage des retraites, le rabotage des prestations sociales, le gel du traitement des fonctionnaires et l’augmentation générale des impôts, le gouvernement a débloqué 600 millions d’euros à destination des « quartiers », 600 millions d’euros supplémentaires versés dans le puits sans fond de la « politique de la ville ». Une politique de la ville dont de nombreux rapports de la Cour des Comptes ont déjà pourtant montré l’inefficacité et le coût exorbitant.

 

La vraie fracture, la seule véritable inégalité, réside entre l’urbain qui bénéficie de tout (aides, infrastructures, transports) et le rural qui se meurt. Le fossé se creuse entre ces deux France et là encore vous êtes responsables de cet apartheid, qui ne fait pas honneur à notre République.

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